Le levier de la compassion
Quand on évoque la place de l’empathie dans les stratégies de manipulation, le modèle qui vient est celui de l’exploitation de notre compassion pour la souffrance de nos semblables. Son aspect le plus connu consiste à enflammer notre compassion, puis à nous en indiquer le mode d’emploi. La capacité qu’a l’être humain d’éprouver de l’empathie a ainsi toujours été mise à profit. Mais l’empathie n’a pas seulement ce versant affectif qui nous amène à entrer en résonnance avec les émotions d’autrui, au risque d’être manipulé. Elle a aussi un versant cognitif qui nous permet de comprendre ses pensées et ses aspirations. Or certaines personnes bénéficient d’une compréhension empathique aiguisée de leurs interlocuteurs, de telle façon qu’elles parviennent à leur faire croire qu’elles partagent leurs espoirs et leurs inquiétudes. Elles ne cherchent pas à faire vibrer notre sensibilité en nous apitoyant sur la souffrance d’un tiers, pour la détourner ensuite à leur profit. Elles créent l’illusion qu’elles sont « comme nous » en formulant ce que nous ressentons parfois mieux que nous-mêmes, ce qui n’est bien entendu qu’un préalable à la manipulation. C’est exactement ce qu’a fait Trump.« Je suis comme vous »
Qu’a dit le candidat Donald Trump ? Tout ce que la classe moyenne et ouvrière blanche attendait. Il a clairement parlé de leur douleur. Il les a aidés à restaurer leur sentiment d’appartenance en les positionnant contre les autres catégories de laissés pour compte, principalement les migrants et les habitants des pays en voie de développement. Il a su les convaincre que non seulement il ressentait leur douleur, mais qu’il la partageait, et qu’en fin de compte, il allait les aider. Il a même su faire croire qu’il était « comme eux » en adoptant en permanence le ton de la protestation et de l’insulte, c’est-à-dire sur le ton que prennent les gens qui se sentent humiliés et écrasés quand ils parviennent finalement à protester et que leurs propos dépassent parfois leur pensée. Il a séduit l’électorat populaire par son indignation permanente, ses « coups de gueule » de victime qui se rebelle, sa façon de laisser entendre derrière chacune de ses phrases : « Vous ne me ferez plus taire. »Mais, dans les semaines qui ont suivi son élection, le président Trump a dit qu’il ne se souvenait pas avoir promis ce que pourtant tout le monde avait entendu, il a réduit à la baisse certains de ses engagements et a reconnu avoir manqué de réflexion pour d’autres. Et il a commencé à mettre en place une politique destinée à profiter aux plus riches. D’ailleurs, la bourse s’est envolée !

